Gérardmer 2009 : Compte rendu
Par Sylvain PERRET • 2 fév 2009 • Categorie: Dossiers, Focus • Contacter l'auteurLe 16ème édition du festival fantastique de Gérardmer a fini hier soir. Pour l’occasion, 1Kult était sur place pour voir malheureusement pas tous les films, mais une brochette de bandes venant aussi bien des USA, de l’Europe du Nord, de la Corée ou encore de chez nous. Voilà le résumé dans l’ordre de leur projection.
SPLINTER (Toby Wilkins – 2008)
On commence avec du lourd. Un couple en virée pour le week-end est pris en otage par un prisonnier en cavale avec sa concubine junkie. Suite à un accident de voiture, le groupe est assiégé dans une station service par une étrange créature.
Toby Wilkins nous livre avec ce premier film un nanar pur jus. Réalisé avec les pieds (on ne voit rien, l’image est moche), budget anémique, acteurs caricaturaux et insipides, le scénario nous livre toutefois un film vraiment drôle dans des situations imaginées par un scénariste probablement cuité à la bière au moment de l’écriture. Un grand n’importe quoi qui prend cependant du temps à prendre tout son sens.
Il semble évident que ce n’est pas voulu, mais de grands passages quasi surréalistes, notamment un découpage de bras au cutter et au parpaing ou les dialogues incroyables font de ce film un inclassable gonzo très Z qui risque de tourner dans les vidéoclubs. Idéal entre potes, mais alcool et herbe qui fait rire obligatoires.
LONG WEEKEND (Jamie Blanks – 2008)
Un couple en crise souhaite se retrouver et décide de partir en week-end sur une plage mystérieuse et perdue. Malheureusement, ils vont rapidement plonger dans un monde fantastique où la nature va petit à petit les piéger.
Remake d’un film des années 70, ce film réalisé par le père d’Urban Legend est le cas classique d’un scénario gâché honteusement par une mise en scène insipide. Le récit aborde le fantastique tardivement, préférant parsemer en crescendo ici ou là des éléments étranges, il est certain que le véritable intérêt est la psychologie du couple. Et il est impossible de ne pas penser à Huis Clos de Sartre. S’affrontant et cherchant à se reconquérir sans cesse, les personnages sont dessinés pour être à la fois insupportables et touchants. Le premier plan du film montre le héros, caricature de surfeur simuler un tir de harpon sur sa femme.
Dans Long Weekend, tout n’est que frustration, car les conversations sont calculés, et chacun cherche le double sens avec un mauvais esprit. Même si les éléments fantastiques sont parfois un peu maladroits, ils ne sont que le point de vue expressionniste du couple qui ne vit que sur les apparences et l’artifice.
Malheureusement, le tout aurait pu donner lieu à un très bon film si un réalisateur un tant soit peu concerné avait voulu donner à ce matériau de base très solide quoiqu’un peu faillible une forme agréable et intelligente. Dommage.
GRACE (Paul Solet – 2008)
Enceinte de huit mois, Madeline Matheson et son mari ont un accident de voiture dans lequel ce dernier et le futur enfant trouvent la mort. Toutefois, Madeline décide de mener sa grossesse à terme. Et contre toute attente, le bébé revient à la vie…
Premier film de l’Américain Paul Solet, Grace possède plusieurs thèmes intéressants et relativement peu traités de telle manière : le deuil à la naissance, l’allaitement, le retour à la vie, etc…
Mais à mieux y regarder, nous n’avons en fait qu’un récit lorgnant à de maintes reprises sur le Simetierre de Stephen King. Le tout est rythmé de manière assez plaisante, comme par exemple la mise en parallèle de la vie de Madeline jeune mère en deuil d’une part, et d’autre part de sa belle mère qui ne se remet pas du décès de son fils…
Mais contre toute attente, le troisième acte est en roue libre mais ne sait pas trop où aller. On finit par regarder le film mais le spectateur n’y croit plus. N’allant jamais au bout des choses, un peu en retrait du grand écart qu’on était en droit d’attendre (soit un film visuel et viscéral, soit un film psychologique), Grace ne se place jamais au bon endroit. Un film atypique mais qui aurait mérité un peu plus de travail, malgré une jolie photo, des acteurs relativement bien dirigés et quelques bonnes idées.
MIDNIGHT MEAT TRAIN (Ryuhei Kitamura – 2008)
Un étrange tueur en série au crochet et au marteau trouve ses victimes dans les derniers trains du métro. Mais découvert par un photographe voyeuriste, ce dernier risque bien d’être la prochaine victime…
Encore une fois, un film qui pourrait être intéressant sur le papier, surtout que le matériau à l’origine est une nouvelle de Clive Barker. Partant de là, on assiste pendant deux longues heures à toute une suite de ce qui fait la vulgarité d’un cinéma rongé par une fause classe clippesque à grands coups de CGI. Il est certain que le réalisateur Ryuhei Kitamura qui livre ici son premier film Hollywoodien a bien appris sa leçon et a regardé en boucle 300 et MTV. Faussement transgressif, parfois drôle involontairement, on assiste à une recette qui nous offre à aucun moment une once d’ambiance moite et glauque qu’on est en droit d’attendre d’une telle diégèse.
Le voyeurisme du photographe a été maintes et maintes fois traités avec plus d’intérêt, surtout que son interprète Bradley Cooper est on ne peut plus insipide. Le plus choquant reste une résolution prétentieuse, ridicule et prenant vraiment le spectateur en otage. Après une confrontation illisible à grand renfort de 360 degrés autour du tueur en série qui fait son méchant communiste des années 80 (la faucille et le marteau ne sont pas loins) et notre héros habillé en tenue de boucher, la révélation va se faire sur la destination et le but des victimes. Réponse ? “Peu importe, tu en sais déjà trop”.
Mac Guffin facile vulgaire à l’image du film dans son intégralité.
SAUNA (Antti Jussi Annila – 2008)
1595 : Deux frères finlandais doivent tracer les nouvelles frontières de la guerre contre les Russes qui vient de prendre fin. Faisant halte dans un village au cœur d’un marais, ils vont être confrontés à d’étranges évènements…
Pour la critique de ce film fascinant, je dois avouer que les conditions de la salle dans laquelle ce film a été visionné était tellement mauvaise qu’il était quasiment impossible de voir à un seul moment l’image et les sous titres en entier. J’avoue avoir quelque peu décroché devant un film pourtant assez hypnotique qui pioche dans les ambiances moites, étranges et lentes de Tarkovski. Avec sa belle photo et sa mise en scène magnifique, le jeune réalisateur Finlandais confronte ses personnages à leurs passés, leurs démons, afin que ceux-ci atteignent une certaine forme de rédemption.
Une des bonnes surprises (pourtant rares) des quelques films du festival.
MUTANTS (David Morley – 2008)
Le monde est contaminé par un étrange virus. Marco et Sonya vont chercher à lutter en se réfugiant dans un hôpital abandonné en pleine montagne.
Malgré quelques défauts, la première réalisation de David Morley est remarquable dans le paysage du cinéma de genre français. Critique complète dans la section Films 1Kult.
COLD PREY (Roar Uthaug – 2006)
Cinq jeunes partent faire du snowboarding sur des pentes en hors pistes. Mais une mauvaise chute obligent les amis à se réfugier dans un hôtel. Visiblement fermé depuis 30 ans, coupé du monde, les amis se rendent compte qu’un mystérieux Serial Killer est très proche…
Les djeuns sont cools. C’est un peu le propos du film. Malheureusement, cette overdose de fun attitioude nous les montre plutôt comme des cons. Tous les clichés du genre sont là : le couple sage, le couple dévergondé, le jeune célibataire marrant. Le snow ?Un sport classe top cool mégafun filmé en deux temps trois mouvements avec du rock bien commercial, question de vendre des BO. Ils sont vulgaires, en plus, avec leur coupe de cheveux playmobil, et semblent tout droit sortis d’une pub pour les produits laitiers. Et puis ce n’est rien à côté de leur intelligence. Quitte à gâcher un gros fou rire, comment faire pour soigner une jambe cassée et ouverte ? avec de la superglu, bien sûr !
Bon, plus sérieusement, on admettra suivre cette banale histoire au twist de supermarché avec plaisir coupable : celui de rire et de souligner les mauvais codes du genre que le réalisateur Norvégien reprend un par un. L’image est surétalonnée en bleu, mais le cadre est lisible. Depuis Halloween et Vendredi 13, la recette est la même, donc on ne la change pas. A la rigueur on a l’habitude.
Maintenant, là où le réalisateur trahit le spectateur, c’est qu’il nous asceptise des meurtres en autocensurant son produit. Car le djeune est un peu émotif quelque part.
Triste époque…
HANSEL & GRETEL (Yim Phil Sung – 2008)
Suite à un accident de voiture, Eun-Soo rencontre une jeune fille qui l’entraîne dans une maison digne d’un conte de fée en plein coeur d’une forêt sans sortie…
Second film de Yim Phil Sung après Antartic Journal, Hansel & Gretel arrive à distiller une ambiance pesante petit à petit avec un grand sens esthétique. C’est avec Sauna le film le plus beau graphiquement de la sélection, au-delà du “simple” fait que les plans ne soient pas des crises d’épileptie à grand coup de Shakycam ou d’un montage cut. Rapidement, l’opression se met en place, étouffant un peu le spectateur. Toutefois, l’intrusion de deux nouveaux personnages à la moitié du film est un élément qui fissure cette diégèse. Le tout s’écroulera par la suite lors de la résolution. Non seulement, celle-ci dure beaucoup trop longtemps (une demi heure), mais en plus elle n’était pas nécessaire et contradit fondamentalement le récit.
Car si l’idée du conte marchait bien, elle n’avait nullement besoin d’une rationnalité, qui devient futile.
De plus, les thèmes de cette conclusion sont dangereux et traités avec un peu de légèreté. En effet, dans cette séquence, une ambiance plus sale et réaliste devrait se faire sentir, ce qui n’est pas le cas.
Dommage, car si le film était resté dans la lignée des films comme Les Révoltés de l’an 2000, avec des enfants de plus en plus cruels sous des visages d’ange, le film aurait pu devenir une très bonne surprise. Ici, le film est une jolie curiosité bancale.
BAD BIOLOGY (Frank Henenlotter – 2008)
La rencontre d’un couple improbable : Jennifer, possédant sept clitoris et Batz, au sexe cocaïné sous stéroides !
On cloture ces trois jours par un film purement gonzo. Réalisé par Frank Henenlotter, qui possède à son palmarès des films comme Basket case, Frankenhooker ou encore Elmer le Remue-méninge, cette comédie très Z est au final une bonne surprise comique. Le film est certes bancal au niveau de son image et son design, la plupart des moments de pure comédie réussissent bien. Le rythme de l’histoire est globalement bon et on ne s’ennuie que très peu durant les 85 minutes de ce film.
Petit bémol cependant : lorgnant un peu trop sur Pervert ! il risque de décevoir le spectateur qui aurait déjà vu ce dernier sur sa troisième partie. Qu’importe, cette grosse pantalonnade assumée vaut un visionnage entre amis, tant l’idée de voir un tel film paraît improbable. Car il est certain que vous ne verrez pas ça tous les jours !
Malheureusement, nous n’avons pas pu voir les autres films du festival, notamment Crows Zero et the Lost (deux inédits vidéos), Manhunt, mais surtout Morse, qui est reparti avec pas moins de deux prix.











Merci pour le comte rendu, ça ma quand même donné envie de voir Sauna et Hansel et Gretel,…
A bientôt
Alex.
[...] à l’occasion du 16e festival du film fantastique. Compte rendu 1klult du festoch’ chez 1kult, justement ! Effet teasing: restez dans le coin, la fine équipe prépare une surprise. C’est [...]
Allo? ….. Allo?! …… Eyrikeu
io
Faudrait que tu mettes un truc genre share this pour qu’on puisse publier tes articles sur FaceBook par exemple (un truc comme sur les articles du blog de Guhmes
@Niluje: c’est pas une mauvaise idée, ça… je vais l’ajouter ! De toute façon, le site doit encore s’améliorer en fonction des usages de chacun… idées bienvenues !